Bon mardi de Toussaint mes amies.

 

 Huile de mon fils représentant ma grand-mère et mon grand-père mort à la guerre 14/18, mon père avec ses petites bottines à l'âgee 7 ans, sa soeur.

Ma grand-mère, vêtue souvent de noir et tablier à damiers violets et noirs, chevelure blanche plaquée en arrière et retenue par un chignon, vivait dans une maisonnette insalubre, perdue au milieu de nulle part. La peinture de sa cuisine était jaune-crème légèrement crasseux. Une vieille cuisinière à bois dont j’héritai à mon mariage. Une table dans un angle, recouverte d’une toile cirée aux couleurs passées. Deux chaises légèrement dépaillées et un buffet  dont l’unique porte était ma foi bien de guingois. Dans cette cuisine, sur les murs défraîchis, étaient punaisés tous les calendriers des postes que le facteur lui apportait chaque année. Sous l’unique fenêtre sans rideau se trouvait une simple pierre évier sur laquelle était posée une cuvette galvanisée. Sur cette fenêtre, l’hiver, de larges fleurs de givre dessinaient des sortes arabesques que je m’amusais à faire fondre du bout de mes doigts. Dans la chambre, deux lits bateaux de 120 cm, en vis-à-vis, collés contre le mur, et une armoire ancienne dans laquelle s’entassaient de gros draps de lin, des torchons et des napperons de dentelles, suivis de quelques coiffes bourbonnaises embaumées de  naphtaline. Un côté-penderie et une chaise. Une chambre triste comme un couvent. Voilà toute sa fortune. Dans cette grande armoire en noyer, séjournait un trésor. Elle me l’avait promis pour ma communion.  Un Louis d’or. Je l’eus en ma possession et le vendis un jour de 1981, pour acheter les rideaux de ma grande maison. Comme je le regrette aujourd’hui ! Je ne possède aucun souvenirs de ma grand-mère, si ce n’est que des souvenirs ancrés en mon âme et deux ou trois photos. On accédait à son grenier par une échelle posée contre la façade de la chaumière. Un grenier presque vide. Quelques souris y avaient trouvé refuge et de belles toiles d’araignée en guise de décors bloquaient l’accès. Ma grand-mère avait un certain penchant pour les fleurs qui poussaient sauvagement dans son jardinet non entretenu, mais surtout pour les plantes sensées guérir de tous les maux. Parfois je lui rendais visite, cheminant sur 10 km avec le vélo de Maman, par le chemin de halage du canal.

Je lui apportais quelques fruits et légumes, car elle mangeait peu faute de moyens financiers. Le boulanger et l’épicier passaient toutes les semaines avec leur camion, afin d’approvisionner les personnes seules, isolées de la civilisation. Prudemment je traversais la grande route avec ses deux seaux galvanisés pour aller les remplir à la source naturelle, près d’une ferme, à 500 mètres. Dans cette ferme, près de cette source, se trouvait un ruisseau d’eau limpide où du cresson, plantes aux feuilles plates et aux tiges rondes, rampaient dans l'eau. Elles paraissaient vivantes et je restais là, à les regarder, leur parlant, tout en osant mettre mes pieds nus dans cette eau pure et fraîche afin que les feuilles me les caressent, histoire d’embellir mes rêves. Des rêves éveillés qui flottaient dans mon imaginaire de gamine. Comment expliquer ces impressions un peu folles ? Mes plaisirs se posaient là où le souffle du hasard les poussait. Les deux seaux remplis d’eau, je repartais chez ma grand-mère, les mains un tantinet écorchées par les anses légèrement usées. J’avais 12 ans. Je n’eus jamais la bonne surprise de voir Jean Valjean me soulager de mes seaux. Fichtre, qu’ils étaient lourds pour une gamine chétive.

Ma grand-mère m’attendait sur le pas de sa porte, puis elle pansait alors mes deux petites mains en dessinant dessus des signes de croix, tout en marmonnant quelques prières inaudibles. Elle avait certes de bons gestes, mon aïeule, mais tirés de son carquois perso elle pouvait parfois décocher des mots blessants, avec l' accent patoisant de sa campagne :

          - tu as les pieds pus sôles, va donc to laver espèce de cochonne ! »

 

                     Je n’oublierai jamais cette phrase qui aujourd’hui me fait sourire.

 Dès qu’arrivait l’ombre de la nuit, je la quittais pour rejoindre ma demeure légèrement fidèle à celle de ma grand-mère...

                 Ma grand-mère décéda un jour de l'an 1967, à quelques jours de mon mariage

la photo dont mon fils s'est servie pour son tableau. mon arrière-grand-mère, ma grand-mère et son jabot blanc, mon père et ses bottines, son frère et son col marin et la petite soeur.

je vous présente ma grand-mère.

bisous de mimi