autre petit extrait  de mon nouveau récit

" le fantôme du square"

 

entre rêve et réalité 

 

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Un mercredi en août

 

 

     Laura s’avait pertinemment que son fantôme ne lui apparaitrait pas ce jour de grande chaleur, il était absent pour trois mois. Il lui avait promis son apparition qu’en octobre prochain. Mais elle avait tenu à respecter ce rendez-vous pour son plaisir, comme un pèlerinage mensuel.

      Il faisait si chaud, que le square était quasi vide d’âmes. Laura s’était vêtue légèrement. Robe à fleurs sans manches. Espadrilles blanches, ombrelle en dentelle pour se protéger des UV puissants de Râ. Elle s’était assise sur un banc, à l’ombre, tout près de la petite cascade sous laquelle débouche un bassin surplombé par un grand tulipier de Virginie. Elle avait levé la tête pour admirer, côté nord, les trois gros platanes qui s’élancent de plus en plus vers le ciel. Elle était bien, dans ce silence presque urbain. Elle avait fermé les yeux pour mieux penser à son fantôme. Où était-il ? que faisait-il ? Elle se sentait seule, mais n’en faisait rien paraître. Puis un petit bruissement dans les haies lui avait fait rouvrir des yeux.

      Un petit rouge-gorge était là, tout près d’elle. Il cherchait quelques des miettes de pain laissées choir par les piqueniqueurs d’un instant. Son bec picorait de-ci de-là et abandonnait les plus gros morceaux. Le rouge-gorge l’avait tout de suite remarquée,  rêveuse, sur son banc. Ses petits yeux noirs et ronds ne la quittaient. Puis ,une fois son petit ventre bien plein, il s’en était allé boire à la cascade.

-         Je sais à quoi tu penses, lui avait crié l’oiseau.

-         Comment peux-tu le savoir ? Ta cervelle est toute petite.

-  Petite, mais bien pleine, Laura, avait renchéri l’oiseau. Tu penses à un fantôme qui n’apparaîtra pas et tu le sais.

-         Oui, je le sais, et alors ?

-       Alors lui ne pense pas à toi un seul instant. Il vogue sur les ondes écumantes, sous une douce chaleur océane.

-      Tu es méchant, l’oiseau ! comment peux-tu affirmer une telle chose ?

-      Parce que, de plusieurs coups d’ailes, je peux me retrouver sur le mât de son voilier. On parie ?

-      Non, reste avec moi, tu iras plus tard. Où lézarde-t-il ce fichu fantôme voyageur ?

-    Il se trouve dans un lieu qui fleure bon l’air marin, les crêpes et le caramel salé. J’ignore le nom, mais ça, je sais. 

-      Crois-tu qu’il est heureux, là-bas ?

-      Comme un poisson dans l’eau, lui siffla l’oiseau.

-      Alors s’il est heureux, j’y suis aussi , lui avait déclaré Laura,

-    Oui, mais son apparition te manque, n’est-ce pas, puisque tu es venue sur ce banc où tu le rencontres habituellement.

-        Tais-toi l’oiseau, cela suffit maintenant ! tu me fends le cœur

        Les larmes de Laura s’étaient mises à couler. L’oiseau était fort embarrassé. Il s’était alors réfugié dans le tulipier pour échapper à la peine de Laura. Puis , quelques minutes plus tard, il était revenu près du banc, l’air attristé.  

-      Ne pleure pas Laura. Si je pouvais t’offrir mes ailes quelques jours, je le ferais pour alléger ta peine. L’absence de ton fantôme.

-     Merci l’oiseau, tu es gentil. J’ai toujours rêvé d'avoir des ailes, Michel Colombe le sait, je lui ai déjà confié ce désir. Mais tu sais l’oiseau, dans mon esprit, je visualise mon fantôme comme j’ai envie. Je lui fais faire ce que je veux, dans mes rêves. Et ça, personne ne pourra me le prendre. Les rêves de bonheurs sont bons, légers, car ils sont libres comme Éole.

     Laura s’était agenouillée. Elle avait caressé la minuscule tête du rouge-gorge et avait fermé les yeux afin de ne pas le voir s’envoler au-dessus des tours de la cathédrale.

 

      Quand soudain elle les avait rouverts, elle avait réalisé qu’une fois de plus elle s’était endormie sur le banc. Il faisait si chaud cet après-midi-là, que le sommeil fermait toutes les paupières, même celles des maisons. Elle avait regardé autour d’elle et soudain une toute petite plume d’oiseau avait chu, près d’elle, sur le banc…