coucou les amies, depuis que j'ai terminé mon dernier ouvrage, j'en commence un autre qui se trouve être entre rêve et réalité. l'histoire ce passe dans un square, à Tours. Le square François Sicard dans lequel se trouve une statue de Michel COLOMBE le célèbre sculpteur. Un fantôme  hante le square. Etait-il réel ou irréel?

 

 

Un premier mercredi d’octobre

 

      Laura entra dans son square d’un pas sûr et n’hésita pas à s’assoir d’emblée sur le banc, en face la statue de Michel Colombe.  Elle était très en avance.

      Puis soudain elle entendit une sorte de voix quasi inaudible.

      Elle fixa la statue du Berrichon. Michel colombe vit, parait-il, le jour en Berry dans les années 1430 et fut adopté par la Touraine dans les années 1500. Laura avait ces points en commun avec lui, née en Berry elle aussi fut  adoptée par la Touraine 24 années plus tard.

 Le sculpteur statufié lui parlait bel et bien :

  - As-tu un secret pour venir ici tous les mois ?

   - Sans doute, lui avait-elle répondu un peu étonnée.

   - Peut-être es-tu en train de rêver que tu es un oiseau, Laura? Aimerais-tu être un oiseau ?

   - Oh oui, lui avait-elle sitôt répondu. J’aimerais être une hirondelle qui ferait toujours le printemps pour les gens que j’aime, avoir des ailes pour m’emporter vers l’univers des chimères, afin d’observer mon fantôme chaque jour que Dieu fait.

    - A te voir attendre ainsi si souvent depuis plus de huit années, j’ai bel et bien l’impression qu’indirectement tu me livres un secret, lui avait affirmé Michel Colombe.

   - En êtes-vous si certain, Monsieur Colombe ?

   - Je connais ton secret, lui  répondit la statue sur un ton apaisant. Les statues devinent tout. Tu ne devrais pas te soucier de l’avenir. Personne ne te veut de mal, Laura. Tu es trop exigeante. C’est tout.

   - Exigeante ? Moi ? Vous voulez rire ? Non, jamais ! J’aimerais seulement m’accrocher aux montagnes, ce n’est pas un secret, tout le monde le sait, je suis ainsi depuis mon plus jeune âge. Franchir l’impossible est mon rêve. Mais certaines montagnes fantomatiques, Monsieur Colombe, ne sont pas faciles d’accès, savez-vous ?…

   -  Sois patiente Laura, sois patiente… tout arrive un jour.

   - Vous m’observez depuis huit années, dites-vous ? Mais depuis combien de temps êtes-vous ici, dans le square François Sicard, l’âme prisonnière du calcaire, en jupe de surcroît, appuyé sur votre socle en pierre, le pied gauche en avant prêt à me sauter dessus  quand je marche dans l’allée?

   - Je suis ici depuis 1945, lorsque Monsieur Pierre Dandelot m’a sculpté. Avant moi, il se trouvait ici un bloc représentant deux statues en fonte. François Sicard et Victor Laloux. Ils ont été envoyés à la fonte en 1942. La date de ma mort est 1513 si tu veux tout savoir, j’avais 85 ans. Tu vois Laura, je suis toujours sur socle et l’on vient me voir de très loin, alors sois patiente et reste bien les deux pieds sur terre…

   - Cela ne vous gêne pas de voir les pigeons lâcher leurs fientes sur vous ?

   - L’on prend soin de moi, ici, sais-tu ? Je suis rafraîchi régulièrement et je vois ton fantôme hanter le square plus souvent que toi, petite Laura, alors… envie-moi plutôt que de me débiter des fadaises  de gamine. Laura as-tu une âme ?

   - Je ne sais plus, monsieur Colombe, je pense l’avoir perdue le jour où j’ai marché dans ce square. Je l’ai offert à ce fantôme  qui vous apparait aussi, afin qu’il en fasse bon usage.

   - Pourquoi as-tu laissé partir ton âme ainsi sans réfléchir ? En a-t-il fait bon usage, le fantôme ?

   - Je n’en sais rien, je pense qu’il n’a pas su l’attraper au vol. En frappant ma poitrine,  je sens mon cœur. Je crois qu’il est brisé. C’est ma faute, c’est ma très grande faute…

   - Ton cœur n’est peut-être pas cassé, Laura, en cherchant le bonheur, il se fatigue un peu, voilà tout.

   -  Mais il est où le bonheur il est où♫♪

   -  Dans ta tête, Laura, c’est à toi de le trouver…ne le perds pas, diantre fait un peu attention à tes affaires.

   - Et vous, Monsieur Colombe, avez-vous offert votre âme à quelqu’un un jour ?

   - Te voilà bien curieuse soudain, Laura. Je donne très peu de détails sur ma vie privée, tu sauras seulement que j’ai eu 4  enfants.

   - Etiez-vous un enfant heureux jadis ?

   - Je n’étais qu’un pauvre enfant, sais-tu, j’ai couru sur les routes à la merci de Dieu en oubliant souvent de boire et de manger.

   - Et malgré cela, vous étiez heureux ?

   - Oui, Laura. Sais-tu ce qui m’a rendu heureux ?

   -  Non, dites-moi.

   - Ce sont mes sculptures. Elles ne parlaient pas et m’apportaient le bonheur que les sculpteurs de ma condition trouvent dans la création. Souvent la matière, palpable, réelle, apporte plus de bonheur que l’irréel. Méfie-toi de l’irréel Laura. Souviens-toi toujours de mes paroles.

     Laura se sentit soudain  troublée par les confessions de Michel Colombe. Elle  baissa la tête, puis il lui sembla entendre le chant d’un rossignol. Elle se retourna et vit  son spectre avancer vers elle. Alors, l’air lui  parut subitement doux comme un nuage. Était-il réel ou irréel ? Michel Colombe s’était tu. L’âme en émoi, elle se leva et s’approcha du spectre. Était-ce bien son fantôme ? Il était comme un reflet un peu flou dans lequel elle pouvait se mirer. Elle se voyait en lui comme s’ils ne faisaient qu’un. Elle avait reconnu son parfum de cannelle s’exhaler comme un doux vent, jusqu’à ses narines. Il paraissait être un cygne sorti d’un lac aux ondes argentées. Il n’avançait pas d’un pas normal, non, il glissait en silence le long de l’allée comme si le hasard le guidait jusqu’à elle. Elle ferma alors les yeux pour calmer son ardeur. Elle avait déjà oublié les paroles de Michel COLOMBE.

      Une tempête soudain se leva. Elle faisait rage dans le square, balayant toutes les feuilles amoncelées aux pieds des arbres qui déjà commençaient à se déshabiller. Puis ce vilain vent  finit par s’essouffler et d’un coup  cessa sa course. Laura  crut sentir une caresse effleurer sa main. Une  suave caresse fraternelle.  Surprise, elle  ouvrit les yeux et vit une feuille posée sur sa main. C’est tout. Dans son attente, elle s’était endormi un laps de temps sur le banc, bercée par un doux vent. Elle avait rêvé qu’elle conversait avec la statue de Michel Colombe.

      Elle s’était vite ressaisie et avait consulté l’heure. Les quinze minutes étaient passées. Pas de fantôme à l’horizon. Ce jour, elle ne l’avait vu qu’en rêve. Il l’avait oubliée… une fois de plus. Cependant, elle attendit quelques minutes. La statue de Colombe était muette et morne, comme toutes les statues. Elle écarquilla les yeux, un peu perdue. Elle ne savait plus si le fantôme lui était vraiment apparu, ou si elle l’avait rêvé. Puis elle  s’aventura dans le square de l’autre côté de la rue. Personne. Elle baissa la tête comme une marionnette soumise et oubliée dans un monde bien étrange. Le ciel finit par laisser tomber une pluie fine, annonciatrice de la fin du rendez-vous manqué.

 

      Monsieur colombe lui avait peut-être indirectement permis de voir son fantôme. Elle passa de nouveau devant la statue de calcaire et lui adressa une œillade pleine de douceur. Ele reviendra le mois prochain...

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Bonne journée à toutes 

mimi