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BRÈVES DE VOLANT D'UNE CONDUCTRICE DE BUS

Le 12 octobre 2017, 11:17 dans Humeurs 7

BONJOUR MES AMIES. EN CE MOMENT J'AI ENVIE DE VOUS DEPOSER QUELQUES PASSAGES DE MES OUVRAGES.

Avant hier, c'était sur ma propre mort, hier sur la psycologie, les premiers pas, aujourd'hui ce sont des passages de ma vie de conductrices, version humour.

***

Quand les bourgeoises trottinent

 

    Le printemps pointe tout juste le bout de son nez avec les fleurs, les senteurs matinales et vespérales, le chant du merle, les premiers bourgeons, les belles dames, celles qui pensent avoir encore un certain équilibre et qui tiennent absolument à montrer leur adresse.

    Mais quand souplesse et prouesse ne vont pas de pair, on finit souvent sur les fesses.

    Je roule tranquillement en ville, ce matin-là, lorsque soudain, devant mon bus, surgit une citadine, classée bourgeoise jusqu’au bout des ongles,  soixante-cinq ans environ. Beaux talons hauts en cuir. Sac à main de marques en bandoulière. Jupe à froufrous de soie. Ses deux mains sont appuyées sur le guidon d’une petite trottinette en aluminium, d’apparence fragile. Son pied droit est bien posé sur le plateau et l’autre pousse sur le bitume de la route pour faire avancer la dame. Elle est heureuse, Madame. Elle sourit. Elle chantonne. Elle glisse comme une anguille entre les arbres et jouit ainsi d’une liberté nouvelle, là où le vent la pousse. C’est le renouveau. Elle innove la trottinette parfois plus rapide que le bus dans la circulation, ça je le concède. Mais elle ne va pas très loin, la petite bourgeoise de province. Elle s’approche du trottoir. La trottinette dédaigne gravir les quinze centimètres de caniveau. Elles sont têtues ces machines-là, Madame! En deux temps trois mouvements, la belle passe par-dessus le guidon comme un cavalier par-dessus une haridelle entêtée. La petite trottinette choit dans le caniveau. La belle dame se retrouve allongée de tout son long, les jupons par-dessus la tête. La petite culotte de dentelle dévoilée découvre enfin l’air libre. Quel plongeon phénoménal sur le bitume ! Je ne peux laisser cette dame dans cette situation critique. En bonne petite citoyenne, je stoppe mon bus, je serre mes freins, je ferme ma caisse, et me hâte vers la malheureuse. Je tente de la relever. J’abaisse d’abord un jupon, puis deux, puis trois. Nom d’un chien ! Je n’en finis pas. Elle est habillée comme un oignon. Trois pelures. Puis j’aperçois enfin une tête échevelée. Tiens, elle ne sourit plus la dame ! Moi si. Elle n’a heureusement aucun mal. Juste la peau des genoux restée sur le trottoir. Elle se relève laborieusement, rouge comme le soleil qui flamboie à l’horizon, attrape sauvagement la pauvre patinette innocente et s’en va, confuse, comme une voleuse de grand chemin.

    Et merci, c’est pour demain ?

   Je ne pense pas la revoir de sitôt sur un tel engin. Il y a un âge pour tout. Pourquoi pas le skateboard pendant qu’elle y est ?

    Quand on n’est pas certaine de notre équilibre,  Mesdames les trottineuses, on prend le bus.

 

Le vent qui passe à travers la ville va le rendre fou

 

    Les policiers municipaux (les cow-boys de Monsieur le Maire) tentent parfois de maintenir l’ordre dans la circulation aux heures de pointe.

    Quand un seul de ces Messieurs de bleu vêtus se trouve dans une intersection urbaine, toute la circulation en pâtit. Le centre-ville est bloqué. C’est souvent une panique indescriptible.

     Il s’est levé aux aurores, Monsieur le policier. Tout comme moi, il a revêtu son déguisement professionnel. Lui a mis son beau costume bleu marine, sa chemise bleu clair et son képi tout neuf. La ville s’éveille. Les commerçants ouvrent leur boutique. Les enfants vont à l’école. Les travailleurs à leur labeur. Il y a des bus et des voitures dans toutes les directions. Il s’agite dans tous les sens, Monsieur le policier, comme un grotesque pantin désarticulé. Il tend les bras, une fois vers la droite, une fois vers la gauche. Subitement il les tend en croix, face à mon gros véhicule. Zut alors, le feu était pourtant vert ! Il est daltonien celui-ci ! Et subitement  je pense : » s’il n’aimait pas les femmes au volant d’un bus ? » Je pile devant lui. J’ai envie de descendre de mon bus pour lui sauter au cou, vu qu’il me tend les bras. Mais non, il ne faut pas blaguer avec Monsieur le policier. C’est sérieux le métier de policier … J’attends alors patiemment et religieusement. Nom d’une pipe en bois d’ébène ! Pour sûr il le fait exprès ! Il ne cesse de faire des moulinets avec ses bras et fait passer toute une file de voitures. Et moi, alors ?  Mais je ne savais pas encore,  jusqu’à ce jour, qu’il existait un Dieu pour conductrices de bus, bien plus efficace que les prières à Saint-Christophe. Le vent se lève. Il se lève même très puissamment. Tout à coup ce vent fripon soulève le képi de Monsieur le policier. Le képi rond part en balade sur le bitume brillant de pluie. Il roule, il roule, le képi au bandeau d’or, comme un cerceau d’enfant au jardin des plantes.   Mais képi qui roule n’amasse pas respect. Il court, il court le futé policier. Mais le gentil képi roule encore plus vite que ne court Monsieur le policier.

    Chouette ! La voie est enfin libre !  Quand le chat est parti, la souris démarre en trombe au grand bonheur des passagers désireux d’arriver à l’heure au travail.

     Il existe également un Bon Dieu réservé aux policiers, car aucun véhicule, ce jour, n’ose écraser le beau képi…

    Au loin, dans la brume matinale, Monsieur le policier, à genoux, récupère son couvre-chef mollement humide.

 

     Costume bleu. Gants blancs. Visage rougi…

AU DELÀ DES MAUX

Le 11 octobre 2017, 10:48 dans Humeurs 4

AU DELÀ DES MAUX

Le 10 octobre 2017 dans Humeurs  0

    Aujourd’hui, encore, certaines personnes associent le mot "psy" à la folie. Or, beaucoup d’entre nous connaissent des adultes qui consultent un psychiatre et, cependant, ils sont  normaux.

    Quand vous avez des maux de ventre, vous allez voir un médecin ; quand vous avez des bleus à l’âme, vous allez voir un psy…

    Cela paraît tellement simple et, pourtant, que de réticences!

    On dit souvent que l'on doit consulter un psychiatre lorsque la parole ne suffit plus à guérir les maux de l'âme. Pas besoin de souffrir d'une maladie men- tale très grave pour aller voir un psychiatre…

 

mon livre "au delà des maux" représente mes 4 années de thérapie, mes confidences à un psy

 

                     Chapitre

                                  1

        Le premier pas.

 

         Le temps est maussade ce soir de février. L’hiver, grand porteur de givre, pose joliment sa toile de soie blanche sur la ville. Une bise rigoureuse enlumine le nez et les oreilles des passants. La ville paraît s’ennuyer dans ce blanc cristal. Barbara a un rendez-vous important... Elle s’engouffre dans une petite rue glaciale. Sur ses joues émaciées, souffle le vent froid de l’hiver. Il vient ainsi sécher quelques larmes amères qui furtivement s’échappent de se yeux. Elle cherche l’ombre du vent. Elle serre les murs des habitations. C’est d’un pas rageur qu’elle foule le pavé oppressant de la ville, bravant ce vent hivernal, pliée comme un canif. Elle arpente la rue en quête d’un hypothétique destin. Le bitume brillant de la  ruelle se dérobe sous ses pieds. Elle s’arrête un moment. S’accroche à un mur. Reprend son souffle. Son cœur palpite. Se serre…

        Il est presque 18 heures. La grande ville plonge déjà dans une obscurité hâtive. Dans le ciel, la lune, dans son premier quartier, simple virgule rouillée, semble veiller sur le monde.

         Que va-t-elle lui dire ? Va-t-elle trouver ses maîtres mots devant l’homme qui, pour elle, représente  encore l’inconnu, l’étranger ? Comment est-il ? Est-il blond ? Brun ? Chauve ? Petit ?  Grand ? Gros ? Fluet ?...

         Elle l’imagine, la cinquantaine, de taille moyenne,  avec de grosses moustaches. Elle n’aime pas les moustaches, Barbara. Non, elle n’aime pas ces brouillasses de nez qui dévoilent le menu du jour à chaque repas.

         - Pourvu qu’il n’ait pas de bacantes !   Se dit-elle en soufflant dans ses mains.

         Puis, son imagination s’estompe.

                  Elle arrive au numéro 7. Encore quelques marches à gravir, et la sonnette vibrera sous son doigt tremblotant. Une petite enseigne noire aux lettres dorées « PSYCHIATRE ».

                   - C’est ici. Pense-t-elle tout haut. Courage, Barbara.

                  Elle monte les cinq marches sur la pointe des pieds, comme si elle craignait d’être repérée. Après une brève hésitation, elle appuie délicatement son doigt sur la sonnette. Un bruit strident la fait fris- sonner. Elle pousse la lourde porte maintenant déverrouillée. Un décor insolite s’offre à elle. Un étroit couloir ombreux la stupéfie. Surprise désagréable. Pas de secrétariat. Un corridor à l’aspect glacial. Une commode sur laquelle reposent deux vases en osier, libres de fleurs. Une sorte de soliflore bleu et ventru. Un porte-parapluie. Un miroir au-dessus du meuble. Barbara s’attarde un court instant devant le strict décor. Atmosphère de suspicion, d’intolérance, lourde comme un soleil d’été. Sur la droite, une haute porte à doubles battants, habillée d’une tapisserie de couleur beige et d’une petite enseigne rectangulaire, indique la  salle d’attente. Barbara pousse délicatement la porte. La pièce lui crache violemment au visage une bourgeoisie début du 20e siècle, rappelant on ne peut mieux la chan- son du grand Brel : « chez ces gens-là. » Un miroir au cadre doré. Une cheminée de marbre sur laquelle sont délicatement posés deux chandeliers et une pendule ancienne dont le tic-tac du balancier s’est tu à jamais. Près de la cheminée, une table recouverte de revues religieusement empilées. Un lourd cendrier en cristal, net de cendre. Une banquette de tissu blanc, avachie par des centaines de culs, prie à genoux devant une grande fenêtre occultée par des rideaux opaques. Deux fauteuils de velours bleu tendent désespérément leur bras. Une chaise, sur le côté de la cheminée, parait enveloppée dans une punition. Dans un angle, une  bibliothèque grillagée, modèle d’une bonnetière ancienne, semble s’être endormie d’un profond sommeil. Dans l’autre angle, un grand tableau représentant un magnifique pot multicolore, bleu et rose dominant, repose sur un  splendide chevalet. Une bibliothèque, aux étagères noires, occupée par de vieux livres, dont certains sont recouverts d’un film protecteur. Signes précautionneux du propriétaire. Un tapis de corde usagé reçoit régulièrement dans cette salle des centaines de pointures, toutes différentes. Deux lampes halogènes, altières, éclairent faiblement la salle. Des cloisons qui n’en finissent pas de s’élever vers le plafond, comme si elles désiraient atteindre au plus vite un paradis surréel. Aux murs, sont fièrement accrochés divers tableaux représentant des bateaux et de beaux paysages. Barbara s’empare d’un livre. Elle aime l’odeur du papier. Elle l’ouvre. Le renifle. C’est un vrai teckel de bibliothèque. Puis elle s’assied sur la banquette blanche. Les genoux bien serrés. Les mains jointes, comme si elle allait bientôt pénétrer dans le bureau des interrogatoires au « 36 quai des orfèvres ». Face à elle, une autre grande porte, démunie de poignée, se présente comme un rideau théâtral qui bientôt s’ouvrira pour mieux permettre à ses confidences d’entrer dans le monde psychiatrique. Cet endroit transpire la morosité. Barbara spécule :

-          Les habitants de cette demeure doivent aller à la messe tous les dimanches. Oui, c’est cela ! C’est l’habitation de monsieur et madame qui se vouvoient, qui ne fréquentent que les cardinaux et le monde se disant… raffiné. Des personnes qui dégustent des cuisses de grenouilles en triste compagnie des honnêtes bourgeois du quartier, empesés de bonnes manières.

                       Barbara semble effarouchée à la pensée d’un tête à tête avec le propriétaire des lieux.  Elle se demande qui peut bien professer dans ce lieu intimidant et étonnant à la fois.

                       Ce monde trop bien civilisé l’intrigue. D’ailleurs, le mot « psy » l’a toujours effarouchée. Elle y est très allergique. Ce mot porte dans l’esprit la marque de la pathologie mentale de la folie. Elle s’imagine que le psychiatre va lire dans ses pensées, où fouiller dans les secrets de sa vie. On s’en méfie de ces médecins des âmes perdues ! Ces professionnels de la santé mentale ! Mais, peut-être se trompe-t-elle ? Si Barbara se trouve en ce lieu aujourd’hui, c’est qu’elle cherche désespérément une solution qui puisse la guérir de ses plaies morales une bonne fois pour toutes. Elle doit absolument alléger ses épaules d’un lourd fardeau qu’elle ne voudrait revivre pour rien au monde. Oublier ses cauchemars à tout jamais, afin qu’ils disparaissent de sa tête pour ne plus jamais  y revenir. Effacer de sa mémoire les souvenirs de son enfance qui encore sont accrochés à sa conscience.

                      La grande porte ne s’ouvre pas encore. Elle fait semblant de s’intéresser à une revue de mode, ancienne de quinze jours, mais son esprit erre hors du temps et plus rien ne la retient dans le concret. L’ambiance discrète refroidit son corps tendu comme un ressort. Elle s’imagine la grande porte s’ouvrir. Elle s’offre un spectacle fictif afin de faire  passer le temps. Elle visualise l’homme. Petit, bedonnant, chauve, les lunettes sur le bout du nez, retroussant élégamment, de ses petits doigts crispés, une paire de moustaches déjà grisonnante…

                       Des bruits de pas discrets la sortent de son errance mentale. La grande porte s’ouvre. Un homme apparaît. Une montagne de muscles. Pas du tout ce qu’elle s’était imaginée quelques secondes auparavant. Elle le détaille quelques secondes.

                       L’homme est grand, cheveux blancs taillés courts, typé méditerranéen, nez imposant, viril, belle allure, sourire de rigueur sur un visage hâlé, sobrement vêtu. Une veste et un pantalon qui semblent le classer parmi les petits bourgeois bien rangés. Même les chaussettes sont noires. Peut-être porte-t-il des slips colorés ? Boxer rouge ou mini slip écossais jaune-orangé ? Oui, c’est c’la, il doit avoir la note guillerette uniquement sur les fesses. L’homme la regarde puis, d’emblée, ses yeux balaient le sol. Il demeure immobile, quelques secondes, honteux, comme un enfant boudeur, récemment grondé.

                       Barbara pressent de la timidité chez cet homme. Elle tente de se lever, mais ses jambes ne la portent plus. Elle a tout à coup envie de les prendre à son cou, de fuir très loin et ne plus jamais revenir dans ce lieu à l’aspect sinistre.

                       L’homme l’invite dans son cabinet après avoir prononcé pacifiquement, mais tristement :

 

                       - Bonjour madame !

L'APPEL DE L'AU -DE LA

Le 10 octobre 2017, 10:53 dans Humeurs 10

Bonjour mes amies

J'ai rêvé de mort, cette nuit, mais sachez qu'elle ne me fait pas trop peur. Elle m'a si souvent cotoyée! Souvenez-vous du livre que j'ai écrit sur ma propre mort, la façon dont je la perçois.. Avec un brin d'humour, criant de vérité... j'ai osé...

Cette page ouverte relate une descente sur Terre, bien après mon décès. J'y observe toutes les couches sociales. Dans le cas présenté, ici,  je suis chez le notaire du village et je le plains. J'ai peine à voir sa vie de vieille bourgeoisie qui le tue à petit feu. Vivez braves gens! la vie est si courte.

la photo n'étant pas nette, je reporte le texte:

 

      C’est ainsi que je visite la nature et nombre de personnes. Celles que j’aime le plus au monde. Amis. Enfants. Amours. Puis les autres…  D’un seul souffle, je me retrouve à l’autre bout de la ville, de la terre. Superman va trépigner de jalousie. La neige n’est plus. Le froid verglace les routes, figeant des glaçons au faîte des maisons. Jolies dentelles de glace. Je poursuis mon errance au gré de mes envies.

 

       Et si je faisais une halte chez le notaire du village ?

 

      Je pénètre la demeure à travers le mur. Je plane dans la grande salle à manger, près de la pendule comtoise. Ses aiguilles dorées indiquent 20 heures 15. Je regarde le notaire déguster un velouté, fond de poireaux langoustines, en compagnie de sa charmante épouse. Silence à couper le souffle. Leurs gestes sont précieux et leur aspiration silencieuse. L’hameçon d’or à leur doigt annulaire témoigne du serment de leur présumée fidélité. Le feu, dans la grande cheminée de marbre, crépite et chante. La chaleur parait douce. Nappe blanche richement brodée. Un chandelier de cuivre donnant lumière, occupe le centre de la table. Les couverts en argent jettent de petits reflets luisants sur le plafond. Le couple boit du bout des lèvres une rasade de vin fin dans de beaux verres taillés dans le cristal. La femme au corps longiligne est bien coiffée. Ses cheveux montés en chignon sont d’un blanc immaculé.  Sa jupe grise ne laisse aucune liberté. Son chemisier de soie grège cache une gorge légèrement rebondie. Col Claudine. Broche camée. Petite bouche aux lèvres pincées. Regard lointain. Visage fermé. Le notaire a revêtu son costume noir. Ses cheveux argentés tirés en arrière laissent apparaître deux oreilles imposantes. Bedaine rebondie qui apparemment n’a jamais connu l’inappétence. Chemise blanche.  Boutons de manchette aux initiales de son ancêtre. Lavallière de soie noire nouée sur un col empesé. La cravate du notaire. Tableau d’une sobriété ordonnée. Traits austères et impérieux. Ils semblent tous les deux sortis tout droit d’une boutique spécialisée dans la vieille bourgeoisie française.

 

      Morne soirée chez les « no life » du village. Sinistre vie. Mon âme est peinée de les voir ainsi.  Je voudrais leur crier de vivre, mais ils ne m’écouteraient pas. Ils sont déjà morts, avant  même de payer tribut à la nature.

 

* *

*

 

      Un léger souffle d’air me dirige vers les berges de la Loire. Fleuve bleuté de nos rois de France. La Belle  déroule royalement son ruban bleu perle. Coulée d’opale aux courbes harmonieuses, dont se délecte l’empire de Neptune au terme du voyage. C’est l’hiver. Les eaux de la Belle grondent bruyamment dans leur lit de craie tendre. Surabondance de l’or bleu. Débordement de colère. Les arbres se peuplent d’oiseaux. Certains, les  plus craintifs, quittent les cimes et se faufilent sous les roseaux gelés, flagellés par le souffle de la bise. La vieille gabare tangue de tribord à bâbord. Elle lutte contre les courants, tout en faisant pleurer son mât au vent. Les îles endimanchées de givre, dortoirs paisibles des hérons cendrés et des cormorans, caressent pudiquement les berges, laissant ainsi naître de petits lagons d’eau dormante. Les boires, paradis des poissons d’argent. Écrins de merveilles. Les mouettes aux ailes nacrées lancent leurs plaintes au ciel pâli. Les bancs de sable se noient sous les flots trop abondants. Les grands peupliers spectraux, protecteurs du beau rivage sauvage, dressent impudiquement leur cime vers l’infini. Ils taquinent les cieux. J’entends le chant des eaux glacées dans les courants. Il enveloppe mon âme de sa suave mélodie. Le ciel à l’horizon s’empourpre devant tant de beauté. L’astre de feu exténué s’abandonne dans le lit de la belle Ardéchoise. Je perçois au loin le murmure de l’immersion. Alliance énamourée. Le feu vient d’épouser les ondes. Puis règne le silence. C’est alors que la nuit tout en douceur tend son voile bleuté sur la ville. Elle allume ses yeux en un tapis d’étoiles.

        Je reviendrai la voir aux eaux calmes, ma Loire. Écouter son silence, au doux printemps. La regarder fleurir dans sa lumière d’argent. J’irai baigner mon âme dans ses flots transparents.

***

Mes amies, je vous souhaite à toutes une longue vie et vous donne un baiser sur la joue

mimi

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